|
BLOGI
BOULGA
C'est un peu comme la bouillabaisse. On y met plein de restes ramassés au fond du panier au hasard des balades, on les triture, on les combine, on les accomode, on les dispose, et à la fin le mélange devient savoureux... |
|

14 juillet 2009, le plus long de l’histoire. Pas que je me sois ennuyé, mais juste en terme de veille, de temps écoulé et de distance parcourue. Le 14 juillet commence donc à Barcelone, minuit pile et c’est Flo qui me saute dessus « Feliz comple año mon loup ! ». Vers 2h00 du matin, Loïs nous dépose à l’aéroport. Vers 7h30, on enregistre les bagages, 8h30 décollage pour Madrid puis Bogota. Vers 22h00, Pascale sabre le champagne dans l’avion et on s’enfile un sandwich en guise de petit four. Vers minuit, on recule de 7 cases et il est 17h00 heure locale. Atterrissage à Bogota et le 14 juillet continue. Vers 19h30 on arrive chez Manuel, notre hôte « couchsurfeur » et on ouvre un coteau d’Aix pour fêter ça. Vers 21h00, on débarque dans un bar-boîte où la musique bat son plein et la bière coule à flots. C’est happy-hour, hiphiphip et bienvenidos a Bogota. A 23h00, un petit hamburger-frites nous remplit l’estomac. A minuit on rentre, fin de 14 juillet. Mon anniversaire aura duré 31 heures et ça fait bientôt 48 heures qu’on ne s’est pas allongé sur un objet de la famille du matelas.
|
|
|
Bogota
On s’est levé vers 15h30, mais heureusement qu’en réalité il n’était que 8h30. Je vous recommande la vue de la douche, plongeante sur la plaine de Bogota, c’est très impressionnant au réveil. Je vous recommande aussi le petit déjeuner façon Manuel avec ses « arepas » mozzarella, sa soupe aux œufs pochés, son chocolat chaud Inca à la cannelle et sa papaye en tranche. Despues, se saca el hambre.
Bogota est immense mais son centre historique « relativement » modeste, la Candelaria. Des petites rues aux maisons coloniales dans la pure tradition hispano américaine, très colorées avec de nombreuses boiseries (portes, balcons et fenêtres) travaillées, abritant souvent un patio entouré d’un balcon et très fleuri. Qui dit quartier historique, dit souvent rues escarpées ; et à 2600 mètres, on sent bien que l’oxygène n’est pas au complet. Nous visitons toutes les églises possibles comme si notre foi s’était soudain révélée par je ne sais quel mécanisme incontrôlé. Nous sommes mercredi, 11h30, et pourtant partout la messe est dite. Quelle ferveur ! Certains poussent même le vice jusqu’au confessionnal et il faut voir la file d’attente pour y croire. L’intérieur des églises recèle parfois de petits bijoux comme un plafond en bois sculpté, des dizaines de tableaux sertis de dorures ornant le retable ou un magnifique sol en tommettes géantes. La place Bolivar, sorte de « Zócalo » local, rassemble également de nombreuses prouesses architecturales, au centre desquelles s’étend la place dominée par le célèbre libérateur, et où les vendeurs ambulants côtoient les photographes autorisés, les distributeurs de minutes téléphoniques, chanteurs, pigeons, marchands de graines pour pigeons, et les promeneurs comme nous qui viennent se prélasser sur les immenses marches. Pas très loin, se dresse le palais présidentiel facilement reconnaissable à l’ensemble des gardes, policiers et autres militaires qui ceinturent le lieu. Bogota abrite aussi de nombreux musées dont la gratuité pourrait donner des idées à nos dirigeants. La fondation Botero retient toute notre attention, à raison puisque le bâtiment est magnifique et qu’il héberge une impressionnante collection donnée par l’artiste dont environ 80 chefs-d’œuvre de grands maîtres (ils y sont presque tous ), le reste étant sa propre production. Un vrai régal, il est doué ce généreux bonhomme.
Les œuvres de la fondation Botero
|
|
|
Un petit régal aussi notre repas de 16h00 composé du plat local le plus typique « el ajiaco » et d’un morceau de « carne a la plancha » avec ses accompagnements maison. Simple mais efficace. Un petit tour en minibus pour retourner à la casa et se rendre compte de la densité du trafic et de la capacité des chauffeurs à rouler comme des cinglés : accélérations puissantes et violents freinages se succèdent tout au long du parcours comme si l’objectif était d’envoyer manu militari le véhicule au rebus.
16 juillet, pas le temps de dire ouf, car à peine sommes nous arrivés à la gare routière qu’un bus nous emporte vers Villa de Leyva. On est tombé sur un pilote de rallye inconscient qui ne sait sans doute pas lire les panneaux pourtant énormes « las imprudencias en la via son fatales ». On l’a échappé belle.
|
|
A Villa de Leyva, on s’attendait à une grosse fête pour El Dia de la Virgen del Carmen. On n’a pas été déçu puisque c’est La Semana de la Virgen del Carmen, avec comme point d’orgue la journée du 16. Nous sommes le 16. Villa de Leyva est une petite ville, très ancienne et très bien conservée, à l’architecture homogène, dégageant une impression d’authenticité et un charme fou fou fou. Rues pavées par de grosses pierres où les talons sont maudits, maisons blanches aux toits de tuiles, aux belles portes en bois, abritant souvent de magnifiques patios, des petits jardins soignés et fleuris. Bien que très animée, la ville conserve un côté paisible et accueillant où il fait bon flâner. Nombreux sont ceux qui viennent célébrer la vierge, nombreux sont ceux qui viennent profiter de l’aubaine pour faire prospérer leur commerce.
Près de la gare routière, sont rassemblés les marchands de chipolatas multicolores à « déguster » avec des petites pommes de terre rissolées. C’est super gras. A tous les coins de rues, sont installés des vendeurs de poulets rôtis, d’arepas, de sandwichs ou de hamburgers. Sur la plazza mayor se concentre une grosse partie du commerce. D’abord les fournisseurs de bière, le cœur de la fête (sponsorisée par une célèbre marque jaune – elle a bon dos la vierge), qui écoulent des quantités astronomiques du matin au soir. Ensuite, les vendeurs de pâtes de fruits de goyaves et autres sucreries, des marchands de chapeaux, de panchos, de poteries, de tirelires en forme de cochon (code international des petites économies), des stands de jeux type kermesse, et des attractions foraines type manège à rotation manuelle, toboggan gonflable géant ou intraitable rodéo mécanique ; et un stand singulier proposant de soigner tous les maux grâce à la bave d’escargots mutants. Toute la journée De grosses enceintes diffusent de la musique colombienne.
|
|
|
|
En début de soirée, au bout de la rue principale, à l’entrée du village, phares, gyrophares et klaxons annoncent l’arrivée très attendue de la procession. En tête de cortège, un pick-up porte la Virgen del Carmen, suivi par des hommes portant une sorte de maquette géante de la ville, suivis eux-mêmes par un camion bâché à orchestre, puis de nombreux véhicules, motos et mobylettes. Les piétons se débrouillent pour suivre le cortège sans se faire écraser. La procession termine son parcours devant l’église, sur une place où les gens se rassemblent massivement. Une fanfare dirigée par un personnage « Botérolien » entame des standards colombiens entrecoupés d’interventions laconiques psalmodiées du curé local remerciant la Virgen del Carmen pour cette journée merveilleuse placée sous le signe de l’amour, de la paix, du partage et du feu d’artifice coloré qui nous ravit et nous réchauffe le cœur. C’est vrai qu’il a du chien ce feu d’artifice. Au début, on pense qu’ils se moquent du monde avec leurs petites fusées placées au bout de longues perches qu’une bande de vieux propulse à cinquante mètres de haut à mains nues, comme les gosses lancent des pétards. Des vrais gosses ces vieux. Puis le spectacle prend de l’ampleur avec comme apogée la mise à feu de deux totems ingénieusement préparés par les techniciens pyrotechniques, s’allumant progressivement de bas en haut pour finalement dévoiler au milieu des flammes une peinture de la vierge, fabuleuse apparition divine. Le final est aussi à la hauteur de la divinité avec son explosion de bruits et de couleurs digne d’un 14 juillet. Nous sommes quand même le 16… c’est dingue ! La foule se dirige ensuite vers la plazza mayor, où dans un tout autre style un groupe, accompagné de trois danseuses de type « bombasses refaites des pieds à la tête se trémoussant inlassablement », distille toutes les musiques sud-américaine, rumba, salsa, cumbia… La bière coule à flots et les corps s’agitent. Ça dansera jusqu’au bout de la nuit.
|
|
|
Villa de Leyva vaut son pesant d’or pour son architecture, son ambiance festive et en même temps paisible, sa
population détendue et souriante, mais aussi pour ses alentours. Une petite balade permet d’accéder à Sagrado Corazon, une sainte perchée au-dessus de la ville, d’où la vue s’étend sur toute la vallée.
Imprenable. Dans la vallée
de nombreux sites à visiter parmi lesquels une maison insolite construite par Octavio Mendosa,
un architecte un peu fou. Prenez de la terre crue comme unique matériau de
construction, quelques mosaïques pour la décoration, mélangez Barpapapa, Dali et Gaudi, et
vous aurez une idée de cette construction géniale.
http://www.colarte.arts.co/colarte/conspintores.asp?idartista=7096
|
|
|
Sur le chemin du retour nous prenons un verre de rouge dans le vignoble local, et c’était une très mauvaise idée sauf si on kiffe le vinaigre. On a appris plus tard que les Colombiens font du vin pour les Colombiens sans chercher à concurrencer Chiliens ou Français, simplement en respectant les goûts locaux. Et à ce niveau pas de doute, tous les goûts sont dans la nature ! A la recherche d’un dîner couleurs locales, nous croisons un type qui insiste pour nous faire tester les meilleures arepas de toute la région, pleines de fromage dégoulinant et garnies de deux saucisses maison. Muy rico y muy bueno. Le gars est sympa comme tout, un peu comme un Colombien. On craque aussi sur la sauce exquise, les patatas crillolitas et la bonne grosse chipolatas, grosse et bonne… Le monsieur assis à côté de nous, c’est justement l’architecte un peu fou. Tout le monde à son grain de folie, le sien se voit peut-être un peu plus. Un peu fou donc, très malin et cultivé, gentil comme un Colombien, et dont l’inspiration se base beaucoup sur les énergies, l’au, l’air et la terre. Nous sommes invités à participer à un cours-discussion, demain, dans la maison. Je crois surtout qu’il a très envie de revoir Pascale qui lui rappelle un modèle de Modigliani. Sur la place, d’autres groupes se succèdent, musiques et danses plus traditionnelles, façon campesinos. Tout le monde danse, jeunes, vieux, étudiants, paysans, papis, mamis… en procédant par petits pas et légers déhanchements. C’est beau à voir. On va se coucher à l’heure des poules car demain c’est randonnée.
|
|
Donc aujourd’hui c’est randonnée en compagnie d’Augusto, notre guide pour l’occasion, et surtout pour éviter de se perdre dans la selva. C’est pas l’Amazonie mais la végétation est quand même bien dense. Ici tout pousse comme du chiendent sauf que c’est bien plus joli. Impossible de décrire ou de citer toutes les plantes que nous croisons. Quelques-unes sont quand même singulières et méritent quelques lignes. D’abord la « barba del viejo », une plante grise filandreuse qui pendouille des arbres comme des milliers de guirlandes ternes. Les Aloes géants aux feuilles démesurées et à l’immense fleur fatale. Les épiphytes qui colonisent les arbres comme si elles étaient ses propres fruits. On randonne en plein délire végétal. Mais les clous du spectacle sont deux magnifiques cascades dissimulées au cœur de la forêt, accessibles par un chemin non moins dissimulé. C’est là que le guide prend toute sa dimension. L’appel de la douche a eu raison de notre bien être pour un massage naturel 100 % aquatique. La suite de la randonnée nous conduit au milieu de la rivière bouillonnante, puis dans le lit paisible d’une autre que nous remontons avant de franchir « el salto del angel », un passage très étroit quasiment suspendu dans le vide, où il faut mettre pendant quelques secondes son vertige dans la poche.
|
|
|
|
|
|||
De retour à Villa de Leyva, nous retrouvons la fête de Carmen la vierge, consacrant cette fin de journée à des activités traditionnelles. Nous assistons donc à un défilé de haute couture consacré aux panchos, ainsi qu’à la fin du concours de filage de laine regroupant les meilleures mamies de la région. C’est presque émouvant toutes ces petites vieilles très sérieuses et en même temps fières de montrer leur savoir-faire. Ce soir nous boudons la fête et profitons de l’auberge, du site bucolique et de la cuisine self-service pour confectionner LA salade du chef. Petit bémol à cette paisible soirée, les gringos nord-américains qui n’ont pas encore intégré l’Obamania et pensent toujours en terme de suprématie entre USA et le reste du monde, et ça s’entend jusqu’à 4h00 du matin.
20 juillet, el dia de la independancia, fête nationale Colombienne. Chaque fenêtre est parée d’une Bandeira nationale. Et c’est tout ! Pas de défilé militaire, pas de cérémonie officielle, pas de commémoration solennelle, pas de pétards ni de bal populaire, bref une célébration très sobre.
|
|
Barichara est posée à flanc de coteau de manière assez pentu, ses rues sont pavées de grandes dalles, les trottoirs sont perchés à cinquante centimètres de hauteur. Toutes les maisons sont conçues sur le même modèle, plein pied ou un étage, murs blancs, verts sur le premier mètre (tout comme les boiseries extérieures), les toits sont en tuiles d’un rouge orange vif. Des patios souvent fleuris et ombragés dissimulés sur l’arrière comme autant de jardins secrets. Au niveau unité architecturale, il est difficile de faire plus homogène. Le village abrite quelques églises assorties aux pavement des rues, c'est-à-dire construites dans une roche granitique ocre, et souvent érigées sur le même modèle, un fronton triangulaire et un clocher en façade placé sur la gauche, hébergeant trois cloches.
|
|
Avant de démarrer la petite balade chaudement recommandée par « Gros Malin », notre guide de voyage par
défaut, nous visitons le cimetière, sorte de jardin fleuri, soigneusement entretenu, engazonné, arboré, presque joyeux, presque vivant. Ça donnerait quasiment envie de s’y faire enterrer. La
petite balade en question s’appele « El Camino Real » et suit un ancien sentier muletier reliant Barichara au petit village de Guane. Ça ressemble à un chemin précolombien, à la manière
de la « via appia », encore et toujours pavé. Nous marchons au milieu d’une végétation étonnante où chaque plante semble sortie d’une manipulation génétique. A chaque pas nous croisons
papillons et oiseaux multicolores, très beaux mais réfractaires à l’objectif.
|
|
|
Qu’à cela ne tienne, nous atteignons Guane après deux heures de marche en plein cagnard, à deux doigts de la déshydratation complète. Pascale choisit la « chicha », cette mystérieuse boisson fermentée à base de maïs pour réhydrater son corps desséché. Quelle mauvaise idée, c’est vraiment pas très bon ! Un avant goût pas désagréable et puis très vite cet arrière goût immonde et rémanent de vomi. On l’a finalement offert à l’idiot du village qui l’avala d’un trait sans sourcilier. Visite expresse du bourg en passant par le cimetière, notre nouvelle passion, perché en bordure de falaise avec vue imprenable sur la vallée, avec à l’entrée les omniprésents vautours en guise de bienvenue et sur le muret opposé là où la vue plonge, cette inscription sans appel gravée dans le marbre « Voyez comme la nature est belle vue d’ici, et imaginez-là vue du ciel ». Mon dieu, mais c’est une invitation au suicide !! Retour par le même chemin, même état de déshydratation à l’arrivée, mais choix plus judicieux pour y remédier. Quoique Pascale persiste et signe dans le genre je goûte et tente toutes les expériences culinaires et gustatives locales. Pas de chance car ici ils mangent des fourmis à gros cul grillées. Et bien qu’à cela ne tienne, madame en avalera trois. Ça ne doit pas être si bon car le paquet en contient une trentaine.
|
|
Nous repassons par San Gil avant de gagner les superbes cascades de Juan Curi nichées dans la jungle au milieu d’une végétation complètement délirante (ça devient une habitude), la forêt équatoriale à l’état pur. Nous marchons dans le lit de la rivière, sur la berge, empruntant un sentier digne d’un raid aventure, grimpant sur des échelles rudimentaires et glissantes, se hissant sur des rochers à l’aide de cordes, pour finalement déboucher successivement au pied de deux magnifiques cascades dont la plus haute se jette de 180 mètres. Quelle chute !
|
|
|
La route de Bucamaranga à San Gil ne nous évoque rien d’autre qu’un bus de nuit frigorifié.
A côté de Santa Marta, sur la côte Caraïbe, se trouve le paisible village de Taganga, bien connu des touristes un peu roots pour son atmosphère détendue, la présence de petites plages plus ou moins tranquilles, ses pêcheurs remontant leurs filets depuis la plage, et la proximité de deux célèbres parcs nationaux, Tayrona et la Sierra Nevada de Santa Marta. C’est la suite du récit.
En attendant, nous avons découverte avec masque et tuba les fonds marins de la baie en eau peu profonde ; et bien, je tiens à dire que ces deux objets subaquatiques avaient tout à fait leur place dans mon sace à dos car sous l’eau c’est la régalade et défilé de poissons multicolores. Super bonito.
|
|
|
|
On commence par la visite du parce Tayrona situé en bord de mer, abritant une jungle et de nombreuses plages où il est à priori très dangereux de se baigner. Le billet d’entrée n’est pas donné, alors ça a intérêt à être chouette. Ça commence bien puisque deux Colombiens en voyage de noce dans la région nous prennent en stop et nous déposent cinq kilomètres plus loin, là où débutent les balades. La première est une petite boucle d’environ 45 minutes qui nous conduit, à travers la jungle, jusqu’à la côte où un mirador nous offre un aperçu du paysage qui nous attend plus loin : côte sauvage, plages balayées par des vagues puissantes et des courants violents, forêt « vierge ». L’aventure à l’état pur commence rapidement, voyez plutôt.
En m’approchant trop près d’un trou servant d’abri à une colonie de fourmis volantes, je subis de plein front l’attaque simultanée de deux individus, deux piqûres dont une assez douloureuse à l’épaule qui attendra la fin de journée avant de disparaître. Et c’est pas fini puisque nous apercevons des petits singes à tête blanche (nom scientifique non garanti), espèce quasi endémique (1). Viennent ensuite les « Jesus Christ Lizard », ces lézards ultra rapides à tête triangulaire relevée, dont l’observation nécessite une certaine vélocité (2). Tout autant que celle des crabes bleutés dont la capacité à filer dans leur terrier en un dixième de seconde est tout à fait édifiante. La suite de la balade est une traversée de la forêt en direction des plages ; des arbres immenses, bruits étranges, une lutte végétale sans merci pour gagner la lumière. Les bruits bizarres sont soit les oiseaux, soit les insectes. Et en l’occurrence, à ce petit jeu, les cigales colombiennes anéantissent tous les espoirs que nous placions sur la variété provençale. La colombienne a un gabarit de sumo, plus de coffre et donc plus de volume sonore. On doit frôler les 80 décibels.
|
|
|
|
|
|
|
(1) Mono titi
(2) Lagarto jesus cristo (vidéo)
Et c’est parti pour six jours de randonnée dans le parc de la Sierra Nevada de Santa Marta à la recherche de la Ciudad Perdida. Comme tout le monde, nous passons par un tour opérateur, en l’occurrence l’agence Turcol, pionnière dans la région et apparemment la seule à avoir véritablement l’autorisation de circuler dans le parc (les autres agences sont en quelque sorte sous-traitant). Même pour de grands baroudeurs comme nous, voici quelques bonnes raisons de passer par une agence : 1. La région abrite encore des Farc, enfin ce qu’il en reste, mais on ne sait jamais avec des zozos pareils - 2.C’est grave la jungle et même s’il existe des sentiers, ça serait un peu dommage de se perdre - 3. La forêt est peuplée d’indigènes, vivant quasiment en autarcie, suivant quasiment les mêmes traditions que leurs ancêtres arrivés ici vers l’an 500 et ayant réussi à échapper et survivre à l’invasion espagnole ; et pour mieux connaître et respecter leur mode de vie, rien de tel qu’un guide - 4. Porter les provisions pendant six jours dans une jungle moite, non merci.
|
|
Notre petit groupe se compose de sept personnes (français, franco-colombien, norvégien et USA), d’un guide, d’un cuistot et d’une mule. Le « treck » consiste en un aller-retour du camp de base, un petit village proche de l’entrée de la sierra, jusqu’à la ciudad perdida. A l’entrée du parc, tout le monde descend du 4 x 4 pour une fouille des sacs par des militaires armés jusqu’aux dents. Ça veut dire qu’on est bien protégé, en sécurité, ou alors au contraire qu’il y a un danger potentiel, et si oui lequel ?
Après un petit repas de bienvenue, nous quittons le village et pénétrons au cœur du problème. Pendant toute la balade, nous marchons à travers une jungle épaisse, à la végétation totalement délirante, démesurée et singulière, stoppant de temps à autre pour une petite baignade, une photo, reprendre son souffle ou pour faire escale. Les repas concoctés par le cuistot sont excellents et variés, à faire baver d’envie le groupe avec qui nous « partageons » les bivouacs. Partage pas très équitable puisque nous arrivons toujours les premiers et que Beto, notre guide sans pitié, nous réserve toujours les meilleures places. Et pourquoi arrivons nous toujours les premiers. Parce que dans notre groupe, il n’y a pas de boulet, uniquement des bons marcheurs, mais à la cool. Bref, très bonne ambiance.
|
|
Régulièrement, nous croisons des indigènes sur le chemin ou devant leur hutte. Drôle de rencontre, un peu gênante ; en fait de rencontre c’est plus un contact furtif, sans véritable échange. Le guide nous explique leur mode de vie, leurs traditions, leur culture. Nous essayons d’imaginer le reste : vivre selon les mêmes rites et coutumes, isolés dans la jungle, coupés du reste du monde depuis 1500 ans. C’est épatant, beau, émouvant, et en même temps nous sommes là, à les regarder, les observer comme des bêtes de foire, forcément à les influencer et sans doute à modifier certains comportements. Quel dilemme : venir voir tant de splendeur, découvrir les traces d’une très vieille civilisation dont les descendants actuels perpétuent immuablement les gestes, avec le risque d’en modifier certains ; ou alors s’interdire tout rapprochement pour les laisser coupés de notre société, continuant à évoluer naturellement. Quoiqu’il en soit, la petite séance photos d’une famille devant la hutte était de trop à mon goût, et avait des airs de promenade au zoo.
|
|
|
Dans la forêt, tout est surprenant : le nombre de plantes au mètre carré, la hauteur des arbres, la taille des feuilles, la quantité de moustiques, la forme des fleurs, la couleur des papillons, la multiplication des colonies de fourmis et la quantité de végétaux qu’elles transportent, la décomposition des feuilles, la beauté des torrents, des cascades ou des rivières, la splendeur des points de vue, les litres de sueur dans les montées, le plaisir à répétition des baignades pour nettoyer tout ça, et pour couronner le tout, après trois jours de marche et l’ascension d’un interminable escalier de 1200 marches en pierre, l’arrivée à la Ciudad Perdida.
|
|
|
Pas de fouille cette fois, mais une présence militaire bien affirmée. L’ambiance est détendue : match de foot, discussion et photos avec les touristes. Pure prévention ou danger réel, il semble que les Farc sévissent encore dans la région même si la dernière affaire d’enlèvement concernant des touristes remonte à 2004.
Nous découvrons une ancienne cité indigène, ayant du abriter quelques 2400 personnes, aujourd’hui abandonnée mais dont les vestiges en partie restaurés témoignent de la civilisation et de la culture indigènes. 240 maisons construites en terrasses sur les flancs d’une montagne en forme de « dorsale » et dont la partie plate et haute abritait le centre du village, la maison du chaman, celles des chefs de cérémonie, et la place des offrandes. Des maisons en bois et en palmes, il ne reste que les soubassements en pierres de forme ronde comme autant de petites placettes circulaires. C’est bien assez pour imaginer la masse d’efforts déployés pour en arriver là. De la cité il reste également l’ensemble des escaliers et des sentiers en pierres permettant d’accéder au village, de desservir les maisons, et de relier les villages entre eux. Du haut de la cité, la vue est incroyable : devant nous les places circulaires en pierres, garnies d’une pelouse digne des meilleurs greens ; autour, des arbres magnifiques dont ces espèces de palmiers au feuillage improbable ; de part et d’autre, vallées et montagnes recouvertes de jungle impénétrable d’où dépassent par endroit les susdits palmiers ; derrière nous, ça grimpe encore vers une splendide et inaccessible cascade. On se sent tout petit, tout perdu de tout, admiratifs et fascinés par tant de beauté et d’ingéniosité. Ciudad Perdida et Matchu Pitchu même combat.
|
|
Comme le groupe marche bien, nous rentrons à Santa Marta en deux jours au lieu de trois. Prochaine étape Carthagène.
Pour les curieux :
- Corazon del Mundo : pour le petit cours d’histoire-géo complet sur l’endroit
- Rapport du UNHCR sur la situation des Farc
|
|
|
|
|
|
Les rues sont une succession de magnifiques bâtisses, généralement à un étage, aux façades joyeusement colorées, aux portes énormes en bois serties de « clous » ciselés, et portant chacune un beau heurtoir. C’est devenu une habitude, mais ici encore plus qu’ailleurs, les maisons abritent d’admirable cours intérieures plantées d’arbres et de fleurs, entourées de colonnes soutenant un balcon desservant tout l’étage, et à l’ombre duquel on vient se reposer. Mais en la matière les couvents de la ville font beaucoup mieux que les maisons. La plupart, également conçu autour d’un grand patio et aujourd’hui reconvertis en hôtel de luxe, sont réellement splendides. Carthagène abrite aussi de nombreuses églises dont la cathédrale vaut son pesant de lustres géants pendus au plafond, ainsi que de nombreuses places où il fait bon siroter un café frappé, assister à des danses folkloriques données en notre honneur de touriste, dégoter un petit souvenir artisanal du genre maillot de foot en nylon ou simplement observer la population locale. Mais il faut aussi savoir sortir des sentier (battus en notre honneur de touristes) pour affronter une autre réalité, tout simplement la réalité, en allant flâner autour du marché bruyant et coloré, dans les rues populaires et assurément moins propres, là où les maisons défraîchies attendent un hypothétique ravalement de façade, là où les artisans travaillent dans de minuscules ateliers, là où l’on trouve le menu typique du jour avec sa soupe, son riz, son morceau de poulet, ses bananes plantains et sa boisson pour un euro cinquante, bref là où la ville n’est pas que le pays des bisounours.
|
|
Il paraît que la ville grouille d’endroits pour sortir, boire des coups, danser et faire la fête. Mais quand on voit comment s’habillent les touristes de notre hôtel pour sortir, quand on voit comment tout est organisé pour que le gringo se sente chez lui, on imagine la catégorie de population locale concernées par les bars de nuit et on préfère tout simplement se la jouer pantoufle sur la terrasse, dans la cour ou le dortoir de l’hôtel. Et c’est ainsi que nous émergeons tôt le matin, et c’est ainsi que nous partîmes de bonne heure pour Playa Blanca.
|
|
|
|
|
Le bateau nous promène dans un premier temps dans l’archipel del Rosario où l’eau turquoise abrite des îles plus ou moins minuscules, des maisons sur pilotis, des petites plages et autres criques paradisiaques. Une escale d’une heure dans l’une d’elle permet aux intéressés de visiter en option payante l’aquarium à requins et dauphins. Nous plongeons dans la mer pendant cette pause, et incontestablement la mer ressemble à un aquarium géant. En début d’après-midi, le ferry repart et nous débarque en face de Playa Blanca. Le billet aller-retour nous donne également droit à un repas en compagnie de tous les autres passagers à l’arrière de la plage, ainsi qu’à une heure de baignade et bronzage avant que le bateau ne reparte. Nous restons dormir sur place deux nuits, dans des hamacs installés sur la plage.
|
|
|
A partir de 16 heures, l’endroit se vide des touristes, des lanchas et des vendeurs. La plage est à nous et quelques autres ayant choisi l’option Robinson. Pas d’électricité, pas de bruit autre que celui du ressac et quelques bribes de conversations, des oiseaux, aboiements de chiens errants, la lune éclairant l’immense plage de sable blanc, si intensément qu’on y voit comme en plein jour, et au-dessus de laquelle viennent se pencher langoureusement quelques cocotiers. Le matin, calme absolu, pas un brin de vent, pas une ride sur l’eau, le bon moment pour une exploration snorkling des coraux. Toujours aussi épatant cet aquarium naturel. Petit déjeuner sur la plage histoire de se mettre en jambe, puis les activités s’enchaînent et se succèdent à un rythme effréné pendant deux jours : s’allonger, se chauffer au soleil, se baigner, abaisser la température du corps, se réhydrater, un peu de crème, s’allonger à nouveau, changer de côté, de temps en temps gagner l’ombre, refaire les mêmes gestes inlassablement, puis, sans trop forcer, visiter les environs le bout de la plage et la petite lagune. Beaucoup d’efforts sous un tel cagnard. Dimanche, la playa blanca est noire de monde et ce n’est pas un mauvais jeu de mots. Toutes les familles et groupes d’amis se concentrent sur la partie « aménagée » de petites cabanes, chaises longues et pare-soleil, juste à la limite de notre campement. La presqu’île des Robinsons devient le théâtre d’un pique-nique géant, un spectacle surprenant où la foule envahit progressivement l’endroit paisible et désert il y a quelques instants, où les canettes de bière n’ont de concurrence que des bouteilles de rhum, et où les glacières providentielles et bondées sont au centre du décor. Pas très discrets ces Colombiens, un peu grégaires, mais bel et bien vivants.
(1) aussi appelé par ses rédacteurs « guide du petit futé », allez savoir pourquoi ; ils ne l’ont sans doute jamais utilisé - CQFD
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
La fête des fleurs c'est aussi une énorme exposition d'orchidées au jardin botanique où l'on découvre un nombre incroyable d'espèces et un nombre incroyable de visiteurs. On aime plutôt les orchidées sobres, bien qu'ayant des formes naturellement complexes. Les Colombiens raffolent des compositions florales monumentales, des natures mortes bien vivantes et des bouquets kitch géants.
Pour le reste de notre séjour, Medellin se révèle une ville assez moderne et sans charme particulier. Toutes ces constructions assez récentes et disharmonieuses sont même plutôt moches, comme si autant de constructeurs avaient décidé de se lâcher la main pour désunir leurs efforts et enlaidir la ville. Malgré tout, les habitants sont hyper fiers de leur cité. Le must de Medellin se situe quelque part dans le métro au format RER, le seul du pays. C'est vrai qu'il fonctionne très bien (si la RTM pouvait s'en inspirer...), et qu'avec ses récentes connexions télécabines il permet de desservir de nombreux quartiers populaires haut perchés, autrefois enclavés et impénétrables (si la RTM pouvait s'en inspirer…).
|
|
|
Seule la place Botéro donne envie de se poser, d'y passer un petit bout de temps pour observer les sculptures du maître local, les groupes de musique traditionnelle, les vendeurs de tout, les papis et mamies, bref la population locale. Le musée d'Antioquia est gratuit pendant la fête des fleurs ; encore une bonne occasion de compléter nos connaissances sur Botero et d’autres maîtres colombiens, ainsi que de profiter de l'exposition Picasso présentant une centaine de dessins de l'artiste et intitulée « la suite Vollard ».
Le soir, de nombreux concerts et autres spectacles sont joués en plein air, la plupart gratuitement. Sur la Plazza Mayor, nous voyons se succéder plusieurs groupes sur le thème « Boléro y Salsa ». La majorité des Colombiens connaissent les paroles des chansons à succès ou des thèmes traditionnels. Dans certains cas, la ferveur populaire a du bon. Notre voisine et sa soeur entament la causette, puis l'apéro, et c'est finalement à coups « d'aguardente » que tout va se jouer ce soir. À la fin de la troisième bouteille, on est complètement cuits, mais elles ne veulent toujours pas nous lâcher. Heureusement, la pluie vient à notre secours, les concerts sont terminés et chacun rentre chez soi. Mais si on veut, il y'a moyen d'aller passer un week-end dans la finca familiale. Merci pour l'invitation, mais 48 heures d'aguardente ça se refuse sans façon.
|
|
À part la fête des fleurs, Medellin a d'autres atouts. Les seins que la plupart des filles se font refaire de manière assez ostentatoire. Si l'on y prête attention, et rapidement il difficile d’y faire abstraction, la chose est hallucinante puisqu'une fille sur deux passe sur le billard (d'après un sondage réalisé par nos soins auprès d'un échantillon tout à fait représentatif de la gente féminine). Et dans certains quartiers, où il est de bon ton de faire valoir ses arguments implantés, la proportion passe à 90 voire 100%. C'est le cas dans le quartier de la Zona Rosa, quartier des bars, restos, où les noctambules se pressent pour montrer gros 4x4, nouveau cabriolet, nouvelles prothèses, nouvelle poupée entièrement refaite ; quartier où les touristes en mal de fesses ont la belle vie ; quartier où l'on a rapidement bu un jus de fruits avant de s'enfuir. Non merci très peu pour nous.
Pascale rentre en France, pas moi. Une dernière soirée à Medellin, un dernier concert de variétés colombiennes. Musicalement, c'est assez mauvais, mais la place est bondée, tout le monde chante et danse, ils adorent et finalement c'est plutôt bon. Je ne sais pas pourquoi j'ai fait l'aller-retour à pieds depuis l'hôtel car à part traverser le quartier des bars à putes et des rues désertes, j'avais rien à gagner à part une petite montée d'adrénaline made in Medellin. Mais puisque ça rime...
Pour les curieux
:
Histoire de la fête des fleurs
Reportage vidéo sur Pablo Escobar et le cartel de Medellin
|
|
|
