C'est un peu comme la
bouillabaisse. On y met plein de restes ramassés au fond du panier au hasard des balades, on les triture, on les combine, on les accomode, on les dispose, et à la fin le mélange devient
savoureux...
Agualdas Caldas et Salamina Pour aller à Manizales, c'est simple. Soit vous prenez le bus direct, rapide et
confortable qui suit la route principale. Soit vous choisissez comme moi le chemin des écoliers qui emprunte des pistes toutes plus défoncées les unes que les autres, dans un bus moins
confortable et bien sûr moins rapide. Alors, quel intérêt? Découvrir de plus près la campagne et ses villages pittoresques. Première escale après un fameux voyage usant à travers de somptueux
paysages, Agualdas Caldas.
C'est un petit bled bien perché coincé entre deux promontoires naturels, et autrement appelé le village dans les nuages, surnom judicieusement choisi. On ne vient
pas ici par hasard, les touristes l'on bien compris, c'est simple il n'y en a pas. Pourtant il existe de bonnes raisons de faire ce petit détour. La situation du village posé sur une large crête
entre deux petits sommets d'où la vue est spectaculaire quand les nuages cèdent leur place. Les rues plongeant d'un sommet puis remontant vers l'autre, dont les pentes ont quelque chose de
vertigineux. La lumière du matin, et encore plus celle du soir quand elle flirte avec les nuages et vient s'écraser sur les façades des maisons. Mais ce qui me frappe et me plaît le plus ici,
c'est le côté très très campesinos des habitants. Pas de doute on est bien à la campagne. Samedi, fin d'après-midi sur la place, quasiment que des hommes, quasiment que des chapeaux de cow-boys
(on dit sambrero sans aucune ressemblance avec les fameux mexicains), beaucoup de moustaches, dans les bars ça picole gentiment, musique à donf' comme de bien entendu, le club des billard est
bondé, gente masculine exclusivement. Où sont les femmes? À la maison pardi, au foyer, aux fourneaux, c'est la campagne je vous dit. Fin de journée, les jeeps et autres taxis 4x4 se remplissent
pour ramener les moustachus dans les fincas isolées par les chemins boueux. Rendez-vous la semaine prochaine pour le grand festival international de musique et danse traditionnelle. C'est sûr, ça
va être une fête d'enfer, mais faudrait quand même qu'ils songent à ramener leurs femmes.
Aguadas Caldas – Manizales, environ 126 kilomètres. On a mis environ six heures, escale à Salamina non comprise, mais panne de bus incluse. Depuis le temps que je l'attendais ; rien de bien
grave, juste les freins qui collent et chauffent, préliminaires avant de lâcher (en pleine descente !?). La route est encore plus merdique, le bus encore moins confortable, normal on est à la
campagne, chez les bouseux, alors pas besoin qu'on leur fasse une belle route, ils ne diront rien. Pire, ils sont morts de rire, surtout quand ils vomissent. Je savais déjà que les Colombiens
étaient des bons vivants, mais là c'est le summum. Vom'rire en même temps, quel talent !
Salamina a comme un air de fête. Ce week-end, se déroulent les rencontres régionales des « bandas estudiantes », c'est à dire les fanfares de jeunes, sortes d'orchestres philharmoniques à base de
cuivre et percussions jouant d'horribles morceaux pseudo classiques de très mauvais goût. Et tout ceci est très sérieux puisqu'il y a une scène, du public et un jury devant lequel chaque groupe
présente ses morceaux. Le public a répondu présent : tous les étudiants des autres bandas plus les Salaminiens en congé dominical. Je profite de tout ce beau monde pour tirer quelques portraits
de vieux, en pleine fête de la jeunesse, comble du paradoxe ! C'est pratique les vieux pour les photos car ils ne bougent ni beaucoup ni trop vite. Généralement on a le temps de les cadrer. Et ce
qui n'enlève rien à l'affaire, ils sont pour la plupart très photogéniques.
Finalement, me voilà à Manizales, chef lieu de la région de Caldas. La ville n'a pas grand intérêt, en tous les cas
pas par la beauté de ses monuments ou son charme pittoresque. On vient à Manizales pour ses environs, en l'occurrence la zone caféière où de nombreuses fincas proposent une visite guidée de la
production, et aussi pour le parc national de Los Nevados dont le sommet culmine à 5400 mètres, et que l'on peut approcher en une journée sans aucune difficulté, moyennant l'aide d'un tour
opérateur. Pour faire le malin, je choisis une autre option afin de randonner trois jours dans le parc à l'écart du circuit touristique classique. Le tour opérateur en question, très serviable,
me dégote un petit vieux qui fera office de guide ; même service mais à un prix défiant toute concurrence. Après avoir fait le plein de provisions ensemble, rendez-vous est pris pour demain
matin 3h30.
Il est à l'heure le bougre. Le taxi nous dépose à l'autre bout de la ville, en pleine nuit dans une rue déserte. Un
homme passe, dissimulé sous un passe-montagne et un pancho, un parapluie à la main, accompagné d'un chien. Mon petit vieux et l'homme discutent le bout de gras comme de vieux copains. Arrive un
autre gars, puis un motard livreur de journaux qui fait le plein de sucettes chez l'épicier dont le rideau vient de s’ouvrir. Il est 4h30. Café tinto pour tout le monde. D'autres arrivent encore,
sortant d'on ne sais où, venant ici on ne sait pourquoi. Enfin, arrivent une chiva géante et une jeep. Il est 5h30. Nous prendrons la jeep. Le temps de changer une roue et de faire
tomber trois fois la voiture à cause d’un crick malveillant, et nous voilà partis. Il est 6h00. Je comprends rapidement le pourquoi de ce lieu de rendez-vous incongru quand nous arrivons au bout
de la rue, que sans transition, nous quittons la ville et grimpons sur une piste. La chiva géante nous suit avec à son bord des passagers, du matériel et sans doute des provisions. On
n'a pas fait plus de trente kilomètres, mais ça a pris trois heures. Je ne savais pas qu’une voiture pouvait physiquement passer par une route aussi mauvaise. D'ailleurs, ce n’est plus une route
mais un tas de cailloux et de trous disposés en long à travers la montagne. La piste dessert des fincas, et permet également de collecter le lait. Nous sommes les derniers à descendre,
quelque part au milieu de nul part. Et justement, au milieu de nul part, à 3500 mètres d'altitude, voici venir un VTTiste super équipé (sac à dos, duvet, tapis de sol, vêtements techniques), qui
se trouve être un très bon ami de mon petit vieux. Dans ce paysage semi désertique, cette rencontre est des plus improbables, tout comme celle d'un militaire accompagné de sa fidèle mitraillette,
et chargé de surveiller le secteur. Mais où est l'ennemi ? Tout seul et étant donné l'étendue du domaine, c'est pas évident qu'il le trouve.
Nous chargeons les sacs à dos et suivons la piste qui continue doucement sa montée. Aujourd'hui Jairo a prévu une
petite étape histoire de nous acclimater à l'altitude, avant d'attaquer la grosse étape de demain. Pour commencer, nous allons voir les fermiers et tenter de se faire servir un petit déjeuner.
Non seulement servi, mais aussi offert : café con leche en direct de la vache et beignets de maïs en direct de la marmite huileuse. Cette halte est l'occasion de découvrir l'intérieur d'une
cuisine et de constater qu'elle ressemble à ce qui se faisait chez nous il y a quelques années en dehors des villes, c'est à dire une grande pièce pouvant accueillir les repas, encombrée d'un
immense fourneau à bois faisant office de chauffage le soir et l'hiver (bien qu'ici les saisons ne soient pas bien distinctes). En échange de ce ravitaillement, le guide offre à tous les
pensionnaires de la ferme, des biscuits et autres sucreries, nourriture providentielle dans un coin de montagne aussi isolé. Les pensionnaires en question profitent de cette belle journée
ensoleillée pour opérer les bovins. Au début, je ne comprenais pas bien l'objet de la chirurgie. Une vache allongée sur le côté à qui l'on trifouille le bas ventre pour en extraire un truc
sanguinolent, sorte de kyste géant. Quand la suivante est arrivée, j'ai tout de suite compris (ne me demandez pas comment j'ai fait), qu'il s'agissait de taureaux et que le kyste en question
était une couille. Pas de chichi ni d'anesthésie locale, un coup de bistouri, une incision, une couille dépecée sur laquelle on tire, entortillant les « canaux » afin qu'il n'en reste
plus un centimètre, un coup de bistouri pour sectionner le « canal », et la couille fini sa course dans un seau où flotte déjà plusieurs paires. L'animal est libéré, magie de la
chirurgie et métamorphose du taureau, il est devenu boeuf.
Ragaillardis par ce petit déjeuner paysan et cette expérience
délectable, nous reprenons la marche en direction de l'entrée du parc. Autour de nous, des montagnes, pâturages pour les plus douces, couvertes de neige pour les plus hautes, une végétation assez
basse sans doute contrainte par le vent et la température nocturne, un petit air de steppe mongoles, en tous les cas de grands espaces et de tranquillité. Trois heures plus tard, nous posons les
sacs à dos dans une pièce minable appartenant à une finca un peu délabrée, tenue par un jeune couple. Seuls quelques chevaux broutant aux alentours leur tiennent compagnie. A 3850 mètres
et loin de tout, je me demande bien de quoi ils vivent et comment ils occupent leurs journées. Fin de la première étape, nous visitons les environs et constatons rapidement que ces confortables
touradons sont propices à une sieste abritée du vent. Le coucher de soleil est magnifique, d'autant plus qu'il annonce l'heure du repas que nous partageons avec nos hôtes, dans la cuisine comme
il se doit, pas bien loin du fourneau.
Réveil et lever matinal. Malgré la nuit et le froid, on n’est pas plus mal que sur les paillasses inconfortables.
Cafe con leche rapido, nous quittons la ferme à l’aube évanescente. Ahiro m’a annonce la couleur : aujourd’hui l’étape risque d’être un peu longue, un peu fatigante, et surtout le paysage risque
d’être magnifique. Ahiro, tu ne pensais pas si bien dire, Ahiro tu es prophète en ton pays. Le chemin nous conduit doucement après quelques virages jusqu’à un plateau. Nous sommes à 4000 mètres
mais le froid nous a vite abandonné sous l’effet conjugué d’un réchauffement corporel du à l’effort et au rayonnement solaire. Le plateau surplombe un lac aux couleurs changeantes et
étincelantes, alimenté par les eaux des montagnes environnantes qui coulent et se rejoignent pour former un mini fleuve serpentant dans une sorte de mousse spongieuse, avant de se jeter doucement
dans le grand bassin. D’ici, ça ressemble à une vue aérienne du fleuve Amazonie, à une très belle maquette vivante du cycle de l’eau.
Poursuivant le chemin sur le plateau, nous découvrons ce que je prenais de
loin pour une forêt de cactus, mais en fait non. Méprise totale, méconnaissance du sujet, je suis confus. Ce sont des Frazilejones (1). Je vous prie de m’excuser. Quoiqu’il en soit, ces plantes
donnent un air vraiment singulier et sauvage au paysage, un air de bout du monde. Nous quittons le plateau pour suivre une crête escarpée après avoir longé d’autres lacs plus modestes, et
entamons doucement la descente. Comme il fallait s’y attendre, la végétation reprend des couleurs, quelques oiseaux exotiques de type perruches vert fluo en quête de fruits à picorer virevoltent
à nos côtés, les fincas réapparaissent et nous rendons visite à l’une d’entre elles.
Un énorme chien à la « voix » forte et impressionnante nous accueille. En dehors de ça, il n’a pas l’air
bien méchant. Tant mieux car son maître est absent et s’est toujours désagréable de se faire bouffer par un chien. Quelques cris, bien poussés par le guide, suffisent à rameuter le paysan parti
biner son champ de patates de montagne. Après quelques échanges des plus courtois, et tandis qu’une grosse truie attirée par ma boîte de thon en tranche me passe sous le nez, nous repartons avec
un litre de lait pour mélanger à nos céréales, trois kilos de fromage et un autre de sucre de canne. Ça me paraît beaucoup étant donné que nous sommes deux et que nous arrivons demain. Ahiro
m’explique que ce fromage au lait de vache des montagnes est une tuerie et qu’il ramènera le reste chez lui, pour ses enfants qui adorent. Pas moi ! C’est juste du caoutchouc blanc hyper salé
sans goût particulier. Pour neutraliser le sel, Ahiro englouti en même temps un bon morceau de sucre. Il fallait juste y penser.
A partir de la ferme, la descente devient beaucoup plus sportive d’autant plus que le guide un peu fatigué
(c'est rassurant) décide d’expérimenter un nouvel itinéraire plus court mais beaucoup plus raide. Les fincas se multiplient, aubaine pour demander son chemin, la végétation s’éclate, les arbres
grandissent, les cascades s’allongent, les rivières gonflent, la chaleur monte, la forêt se densifie, la descente n’en finit pas mais la pente devient plus douce tandis que les cailloux sur le
chemin deviennent plus durs, au grand damne d’Ahiro dont les terribles bottes de randonnée en plastique lui molestent les pieds. Enfin, dix heures plus tard et environ 1700 mètres plus bas, nous
posons les sacs à dos dans le jardin fleuri d’un centre de découverte nature ; endroit charmant à trois heures de marche du goudron et de l’électricité, où des lits confortables nous tendent les
bras, mais où nous préférons dormir à la fraîche et à la dur dans le jardin, sous une sorte de kiosque à musique. Un bon bol de céréales et quelques étirements plus tard, nous repartons à
l’assaut des sentiers caillouteux. Ahiro a de la bouillie dans les bottes, mais la marche pour rejoindre le fameux goudron est facile. Vers 13h00, une chiva géante nous emporte vers Pereira,
ramassant au passage tous les collégiens des environs, la maîtresse du village et quelques ouvriers. Evidemment, nous débarquons à Pereira en plein Carnaval del Adulto Mayor, au milieu d’un
défilé costumé et musical. On dirait une fête de la Toussaint où les gens s’ennuient et ne sourient pas beaucoup. De toute façon, après trois jours au calme en pleine nature, cette grande ville
aux airs misérables et faussement modernes n’est pas très convaincante. Raison de plus pour partir. Le minibus est beaucoup plus persuasif, la route n’est pas mal non plus, doucement montagneuse,
le long des cultures céréalières et caféières. Vers 18h00, nous sommes de retour à Manizales.
(1) Les frailejones (espeletia grandiflora) sont endémiques des steppes des Andes du nord. Ils poussent d'un centimètre par an environ et certains atteignent plus de 3 mètres. Le frailejon
possède des feuilles épaisses et feutrées lui permettant de résister à la rigueur du climat. Il produit une grosse fleur jaunâtre.
Ce matin, vendredi 14 août, avant-dernier jour colombien. Je parle pour moi car pour le reste, la vie continue
normalement. J’en profite donc pour visiter une réserve naturelle située aux portes de la ville où il est paraît-il très aisé d’observer quantité d’oiseaux tropicaux.
Récupérer un laissez-passer, c’est fait ; trouver un taxi pour me conduire à l’entrée de la réserve, c’est
fait ; expliquer au conducteur la route étant donné qu’il n’en a jamais entendu parler, c’est fait ; quitter le goudron pour emprunter une piste boueuse, c’est fait ; me faire
déposer quelques centaines de mètres plus loin par le chauffeur qui a peur de salir sa carrosserie, c’est fait ! Il ne me reste plus qu’à marcher une petite heure. Un garde m’attend à
l’entrée dans cinq minutes, dommage. C’était sans compter sur la gentillesse des Colombiens et de cet ouvrier à moto qui se demandait ce qu’un gringo pouvait bien faire ici tout seul et qui me
fit goûter les joies des dérapages contrôlés en deux roues. Pile à l’heure.
Le guide me fait faire le tour du propriétaire assorti de quelques explications. Je suis donc en mesure d’expliquer
à mon tour l’histoire du site. Une grande partie de l’eau alimentant Manizales provient d’une source et d’une rivière locales, situées en l’occurrence exactement au cœur de la réserve. D’où
l’idée qu’en préservant l’environnement à cet endroit on préservait aussi cette ressource naturelle providentielle, ce qui évite par exemple d’avoir ensuite à traiter l’eau
avecun tas de produits au goût douteux. Putain, mais oui, c’est
un raisonnement si simple, évident et efficient. C’est à se demander pourquoi les personnes
« compétentes » n’agissent pas toujours de la sorte. La prévention plutôt que la répression, l’instruction plutôt que la correction, la préservation plutôt que la restauration. Grâce à
cette politique, la réserve naturelle du Rio Blanco - notons qu’elle est située entre 2240 y 3700 mètres - abrite aujourd’hui une flore et une faune exceptionnelles, dont de nombreuses espèces
d’oiseaux. Tout cela à une heure de marche du centre ville, soit quinze minutes d’un taxi pas trop regardant sur la propreté.
Le temps était un peu humide et couvert. Les volatiles se montraient peu et nous n’avons observé que cinq ou six
spécimens. Mais le guide m’expliqua un tas de choses sur les plantes et l’histoire du lieu, avant de me conduire à une maison où des « buvoirs » accrochés au balcon attirent des
dizaines de colibris, et offrent une observation très rapprochée de ces drôles d’oiseaux-mouches. En face de la maison, un ours égaré a été « recueilli » dans un enclos. Il fait un peu
de peine à voir, tout seul dans son lit en filet. Heureusement qu’il conserve sa souplesse dorsale pour jouer avec son machin. Ahhhhhhhh… les plaisirs solitaires.
Nous redescendons ensuite jusqu’à l’entrée où je rencontre un ouvrier travaillant sur des ouvrages hydrauliques un
peu plus haut. Environ deux semaines de mission dans les montagnes souvent froides et pluvieuse avant de redescendre en ville et en famille. Celui-là n’a pu attendre, un problème intestinal
l’obligeant à faire un saut à l’hôpital. Il n’aura pas tout perdu puisque je repars demain et me « débarrasse » de quelques vêtements chauds.
Ah oui tiens, c’est vrai ça, c’est déjà la fin du voyage. Ce soir le bus de nuit quitte Manizales vers 22H00. Il
arrive à Bogota environ sept heures plus tard. Le temps de finir ma nuit dans le terminal, de filer en ville, d’avaler mon dernier petit déjeuner, mes derniers empanadas, un jus de fruit (pas le
dernier sans aucun doute), et c’est l’ouverture du musée de l’or auquel Pascale a consacré quatre heures de visite samedi dernier. Je ne tiens que trois heures car tout ce bling bling me
monte à la tête.
C’est qu’ils étaient coquets les indigènes avec leurs parures, boucles d’oreilles et de nez, colliers, bracelets…
Heureusement que les conquistadors ont fait une belle sélection en s’appropriant une bonne partie de la collection, souvent pour faire fondre les objets et frapper leur monnaie. Mais au fait, il
parle de quoi au juste ce musée de l’or ? Et bien oui assurément, mais pas que ! On y voit aussi des objets en terre, bois et pierre, et l’on y apprend un tas de choses passionnantes
sur ces civilisations pour la plupart disparues, mais dont des descendances vivent encore aux quatre coins du pays avec, pour certains, des modes de vie assez proches de l’original.
Un petit pèlerinage dans le resto où nous découvrîmes l’Ajiaco il y a plus d’un mois (cf. premier épisode), puis les
traditionnelles emplettes d’artisanat signant la liquidation du porte-monnaie et la fin du voyage, suivies d’un ultime tour en bus histoire de côtoyer une dernière fois population et transports
locaux, me conduisent finalement à l’aéroport international El Dorado.
Il est trop tôt pour faire un bilan, et j’ai encore trop de choses à savourer. Une certitude, ce pays est bluffant
et n’a rien à voir avec les idées sordides qu’on tente de nous dicter. En tous les cas pas celles d’un pays de terroristes où la kalachnikov pointe son canon à chaque coin de rue, où l’on vous
dépouille et vous enlève sans autre forme de procès, et où l’assassinat gratuit est monnaie courante. Enfin si, tout cela est vrai. Mais les terroristes ne sont pas ceux que l’on croit. Les
assassins ne sont pas ces quelques minorités contraintes de se cacher pour résister, mais l’oligarchie dirigeante et bien visible. Les criminels ne s’appellent pas guérilleros mais paramilitaires
et agissent en toute impunité. Les victimes ne sont pas des touristes mais des indigènes et autres résistants qui souvent ne réclament rien d’autre qu’une terre pour vivre. Tout cela est bluffant
bien sûr car les bons touristes que nous fûmes n’y virent que du feu, visitèrent pendant plus d’un mois un pays paisible, magnifique et joyeux, pensant que les conflits avaient cessés, que les
méchants s’étaient assagis, alors qu’en fait il ne voyaient que ce qu’on voulait bien leur montrer. Et ce n’est qu’à leur retour, curieux d’en apprendre un peu plus sur ce pays qu’ils aimaient,
que la triste vérité apparue.
Hasta la vista Colombia pour visiter ta face cachée y hasta siempre Colombia la lucha
continua !
Des infos sur la réalité colombienne :
A lire absolument :
Colombie, derrière le rideau de fumée. Histoire du terrorisme d’Etat (Hernando CALVO OSPINA)
Le Temps des Cerises éditeurs, mars 2008, 400 pages, 20 Euros
Et pour finir sur une note plus joyeuse, voici la recette de L’Ajiaco. L’Ajiaco est LA spécialité de Bogotá, il se
prépare de différentes façon mais généralement avec les mêmes ingrédients en proportions différentes. On peut simplement changer le poulet pour un morceau de viande.
Ingrédients :
16 tasses d’eau (on peut échanger 4 tasses d’eau pour 4 de lait)
500 gr de patate criollas, pelées et coupées en rondelles
1 Kg de patates paramunas, pelées et coupées en rondelles
750 gr de patates sabanerass, pelées et coupées en rondelles
1,5 Kg de poitrine de poulet (ou blanc de poulet)
4 maïs tendres, coupés en morceaux
3 oignons long
4 gousses d’ail
1 bouquet guascas (herbe aromatique de Bogotá)
1 bouquets de cilantro (autre herbe aromatique, ressemble à du persil avec le goût
e la coriandre)
1,5 tasse de crème de lait
4 avocats, coupés
1 tasse de câpres
Sel et poivre
Préparation :
Mettre les poitrines, les patates, les oignons longs, sel et poivre à cuire dans l’eau et le lait. Mélanger
régulièrement et laisser entre 45 min et 1 heure, jusqu’à ce que la viande et les patates soient cuites, qu’elles commencent à se morceler. Ensuite enlever le poulet et les oignons et mettre le
maïs, qui ont été cuit préalablement, et conserver le tout à feu doux jusqu’à obtenir la texture souhaitée. On ajoute la guascas 5 minutes avant de servir.
Juste avant de servir remettre le poulet (il peut aussi se servir à coté) et
servir comme une soupe avec le maïs, le poulet et le reste. Mettre dans un bol la crème et dans un autre les câpres. Chacun les ajoute dans son assiette à son goût. De même avec les
avocats.